Les maltraitances infantiles d’un point de vue sociologique

La sociologie a pu mettre en avant quelques occurrences concernant les familles maltraitantes. Il est vrai qu’il existe des familles maltraitantes dans tous les milieux sociaux, mais une majorité de cas de violences intrafamiliales se produit dans les familles issues de milieux sociaux populaires selon l’étude de 1973 menée par Chamboredon et Prévot ( CHAMBOREDON Jean-Claude, PREVOT Jean, « Le « métier d’enfant ». Définition sociale de la prime enfance et fonctions différentielles de l’école maternelles », Revue française de sociologie, 1973, pp.295-335). Dans ces milieux, l’éducation est parfois plus répressive et les sanctions physiques sont privilégiées. Il convient aussi de rappeler que si les familles issues de la classe supérieure sont moins concernées par les cas de maltraitance, c’est en raison du fait que ces derniers sont dissimulés et « réglés » dans l’intimité pour ne pas ébranler l’image de la bonne famille, comme l’explique Desquesnes dans son article (DESQUESNES Gillonne. « Pauvreté des familles et maltraitance à enfants : un état des lieux de la recherche, une question non tranchée », Les Sciences de l’éducation – Pour l’Ère nouvelle, vol. vol. 44, no. 3, 2011, pp. 11-34). Un autre aspect à mettre en exergue est la reproduction sociale : un concept de Pierre Bourdieu. Ici, ce concept explique (mais n’excuse pas) la violence. Souvent, les parents auteurs sont violents parce qu’ils ont subi des violences durant leur propre enfance. Ils reproduisent donc ce qu’ils ont vécu. L’image parentale s’est construite autour de la violence et c’est ainsi qu’ils reproduisent leur rôle de parents. Il faut néanmoins rappeler que tel n’est pas toujours le cas. 

Parfois, ce qui est transmis et qui conduit à la reproduction sociale est « simplement » un facteur conduisant à la violence. La reproduction sociale qui se produit ici n’est pas directement celle des maltraitances mais celle de la classe sociale qui se transmet de génération en génération et la violence n’est « que » le facteur qui vient s’y ajouter, en tant que conséquence de ce statut social transmis. Van Wert, Anreiter, Fallon et Sokolowski, professeurs et doctorants, expliquent que « le développement de l’enfant est négativement affecté non seulement par le niveau de désavantage socioéconomique des parents, mais aussi par le niveau de désavantage socioéconomique des grands-parents, et il semble y avoir une continuité intergénérationnelle significative des difficultés économiques » (VAN WERT Mélissa, ANREITER Ina, FALLON Barbara, SOKOLOWSKI Marla, « Intergenerational Transmission of Child Abuse ans Neglect : A Transdisciplinary Analysis », Gender and Genome, vol n°3, 2019, pp. 1-21).

La violence familiale peut aussi être perçue comme une volonté de domination des parents sur les enfants. La volonté de domination chez les Hommes semble présente depuis la nuit des temps. Comme l’écrivait Foucault, dans « Surveiller et punir », la sanction de supplice qui était exercée dans les monarchies était une façon de « reconstituer la souveraineté un instant blessée » (FOUCAULT Michel, Surveiller et punir, Gallimard, 1975). On retrouve la même logique dans les familles qui infligent des douleurs physiques pour « réactiver le pouvoir ». 

Pour Bonnardel, la famille est une « structure d’appropriation » où « l’enfant n’est jamais sujet de sa propre vie » (BONNARDEL Yves, La domination adulte. L’oppression des mineurs, Myriadis, 2015). À travers cette citation, on peut ressentir des résurgences du patriarcat et de sa domination sur la famille, qui a du mal à s’effacer et disparaître. La violence serait alors une expression de la domination qu’exerce le patriarcat. 

Pour conclure, on s’aperçoit que les maltraitances peuvent s’expliquer, sans s’excuser, par plusieurs raisons. Que ce soit par reproduction sociale, par le milieu social ou une histoire patriarcale qui a du mal à se dissiper malgré les évolutions des mentalités. 

Constance Cottier