Les affaires nord-irlandaises

PLDH rencontre Hans-Christian Krüger, président d’honneur de l’association, ancien secrétaire de la Commission européenne des droits de l’Homme. Dans cet épisode, nous évoquons avec lui les affaires nord-irlandaises traitées par la Cour en particulier dans les années 70.

Il est interviewé par Manuela Brillat, SG.

Plaidoiries 2018

Episode bonus des podcast PLDH. Marie-Alexandra Chinetti, membre fondatrice de l’association, détaille le programme des Journées PLDH organisées à Strasbourg les 22 et 23 novembre 2018.

Elle est interviewée par Manuela Brillat, SG.

 

De vous à moi: je ne sais pas.

La main encore tremblante et les yeux humides d’avoir juré fidélité à la robe sous les yeux fiers de parents et amis, dossiers sous le bras et enthousiasme inébranlable, le jeune avocat pénètre enfin la Cour des grands.

par Tiffany Conein

 

 

Après avoir passé des mois à arpenter les couloirs des palais dans le sillage de son maître de stage et serment fraîchement prêté, le jeune avocat se sent prêt. Prêt à embrasser la profession, à défendre les mauvais garçons et autres présumés coupables. Il connaît les textes de loi, la jurisprudence, le chemin le plus court pour aller du cabinet à la Cour. Il a été briefé pendant tous ces mois de stage. Il a pris de notes sur les stratégies à adopter, les formules de politesse à retenir, les pirouettes à connaître.

Mais, lâché seul dans l’arène, il s’aperçoit rapidement que la robe ne le protège pas de quelques quiproqui.

Par exemple…

Il apprend que la pertinence de ses premières observations ne le dispense pas de ramener le dossier au cabinet après l’audience, au lieu de le laisser fièrement trôner, tel un trophée, dans la salle des avocats. Cela lui évitera de passer des heures à le chercher, une fois rentré au cabinet, pour finalement voir son superviseur le rapporter, sourire aux lèvres.

Il comprend également qu’il est toujours utile d’emmener tous les jours sa robe au cabinet plutôt que de la laisser suspendue dans son salon car les audiences peuvent tomber de manière inopinée. Cela lui évitera d’arborer une mine pantoise lorsque son superviseur lui demande de le substituer à une audience.

Il découvre que le Palais de justice est un peu comme la Ligue 1 et sent une certaine proximité avec Zlatan Ibrahimovic lorsqu’il précise « Je ne connais pas bien la Ligue 1. Mais la Ligue 1 sait qui je suis… » : confrères et magistrats le reconnaissent d’emblée alors que le jeune avocat se perd allègrement entre les noms et titres à distribuer.

Il ne doit bien évidemment pas s’offusquer de certaines questions de ses clients pointant son jeune âge et s’interrogeant sur son (éventuel) manque d’expérience – « au fait, qui êtes-vous ? La stagiaire ? Car vous avez l’air jeune !». A croire que l’absence de rides peut constituer, pour certaines professions, un inconvénient. Mais que le jeune avocat se rassure, ses chers clients seront à l’origine de l’apparition prématurée de cheveux blancs.

En attendant que la sagesse ne se lise dans ses cernes, il apprend à afficher un air pénétré en expliquant le déroulement d’une audience, à laquelle il n’a jamais participé. Cela lui évitera de perdre le peu de crédibilité qu’il lui restait en répondant à son client que, pour lui aussi, cette audience sera « sa première fois ».

Pour citer ce document :

PLDHBlog, « De vous à moi : je ne sais pas », Tiffany Conein, publiée le 6.11.18.

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La (petite) robe noire

Levons d’emblée tout doute : non, PLDH n’inaugure pas aujourd’hui une nouvelle rubrique mode. Nous parlons de cette fameuse « petite robe noire » que certains d’entre nous ont tant convoitée, tant rêvé de porter et d’user sur les bancs du palais. Pour le quidam, cette questions paraitra relativement simple : « c’est la même pour tout le monde ». Sacrilège.

par Tiffany Conein

 

 

S’il est vrai qu’elle comporte traditionnellement une gabardine, un rabat et une épitoge, il existe autant de type de robes que d’arrêts non exécutés par les Etats parties à la Convention…
Et c’est bien toute la difficulté pour le jeune avocat qui, après moult examens et concours, se trouve totalement démuni, seul, dans sa cabine d’essayage.

Premier écueil : le choix de la gabardine, à savoir la robe noire fermée de 33 boutons. Les anciens répètent inlassablement : « Prends une microfibre, c’est plus léger et infroissable». Plein d’élan et sans l’ombre d’une hésitation, le jeune avocat se dirige immédiatement vers le modèle en microfibre. Et là, c’est le drame. Toutes ses certitudes s’effondrent lorsqu’il se rend compte qu’il n’existe pas un seul modèle en toile légère mais différents modèles – dont la différence est si infime qu’elle échapperait même aux plus avertis…
Entre la microfibre 100% polyester d’une fluidité inégalée et d’une extrême légèreté, vous l’essayez, vous l’adoptez et la microfibre 100% polyester offrant la fluidité, le grand confort et la respiration d’une microfibre quasiment infroissable au tombé impeccable, le cœur du jeune avocat balance. Le seul argument objectif permettant de les distinguer reste… son coût.

Ensuite vient le choix du rabat, la bande de tissu blanc recouvrant les premiers boutons de la robe. La créativité des maisons est, là encore, sans égale. Outre les classiques coton traditionnel et autres polyesters, on trouve également la « flower power »(ornée de magnifiques motifs floraux) et la « derrière les barreaux » (encore une blague de juriste qui a mal tourné). La sagesse devra conduire le jeune professionnel à s’orienter vers la sobriété et la tradition. Les premières plaidoiries ne seront certainement pas les plus aisées, partir avec un handicap « flower power »n’apparaît pas nécessaire.

Autre question épineuse : celle de la traîne – différente de celle ornant la petite robe blanche. À l’arrière de la robe d’avocat, la traine peut être soit coupée à la longueur souhaitée, soit conservée, retournée et maintenue par un élastique. Le respect de la tradition, encore elle, requiert de porter la traîne car elle mettrait davantage en valeur la robe. La pratique, en revanche, montre que nombre de professionnels, jeunes et moins jeunes, ont déjà fait la mauvaise expérience de monter les marches du palais, les bras chargés de dossiers, de se prendre les pieds dans l’élastique et de s’écrouler de tout leur long devant confrères, magistrats et quidam. Et inutile de crier à l’accident de travail, l’avocat, défenseur de la veuve et de l’orphelin, mais surtout professionnel libéral ne connaît pas cette subtilité du droit du travail. Si la traine peut être source d’accident du travail, elle peut aussi et surtout créer un incident stylistique – pensons à ces confrères, dont l’élastique s’est rompu, se promenant avec une traîne ouverte et affublée d’un nœud ayant pour unique objectif celui de ne pas la faire trainer au sol mais dont la vision laisse perplexe. Seuls les plus audacieux s’y risqueront.

Last but not least : l’épitoge. Elle comporte un rang de fourrure pour les avocats et deux rangs pour les docteurs en droit. Les confrères parisiens portent une épitoge veuve de toute fourrure depuis la Révolution. Vraisemblablement, cet usage découle du deuil de Malesherbes : un signe de protestation de la profession contre la décapitation de ce dernier après avoir défendu son client.
Le jeune avocat serait toujours tenu de signifier sa protestation même s’il n’est plus très au clair sur qui est Malesherbes. Fort heureusement, Coco Chanel et Karl Lagersfeld sont venus à Paris épauler la légitimité historique.
Pour la… province (*frisson*), sur ce point, les options demeurent mais sont devenues plus limitées.

Les maisons proposent la traditionnelle épitoge en hermine, en vision, en lapin ou en synthétique. Farouchement opposés au fait de porter de la fourrure naturelle, de nombreux jeunes avocats décident par avance de se contenter d’un modèle synthétique. Après les stages et expériences professionnelles qui jalonnent sa formation, le jeune avocat se croit prêt à affronter la réalité… Mais c’est sans compter sur la vision que produit cette épitoge synthétique sur la gabardine. Effet bonnet de Père Noël garanti. Un choc qui amènera plus d’un jeune avocat à nuancer ses aspirations profondes en matière de lutte contre la traite des animaux.

Soucieuses du bonheur du jeune avocat, les maisons offrent également une panoplie d’accessoires comme le sac, la broderie des initiales (mais uniquement dans une certaine police sous peine de surcoût) ou encore les gants. Sachant que la robe absorbera une grande partie de sa première rétrocession, le jeune avocat n’est pas crédule mais est conscient que ce geste est en réalité une manière de faire passer la pilule, diplomatiquement.

Moment que le jeune avocat attend avec une certaine excitation, un peu comme l’enfant attend impatiemment l’arrivée du Père Noël, le choix de la robe est la concrétisation des longues années de labeur.
Il marque surtout le début de la grande aventure qui lui permettra d’exercer avec passion sa mission de défenseur des libertés individuelles.

Pour citer ce document:

PLDHBlog, « La (petite) robe noire », Tiffany Conein, publiée le 4.11.18

 

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CEDH, Nivette c. France

PLDH rencontre Me Dominique Bergmann, avocat au barreau de Colmar et membre du Comité des Sages de PLDH. Dans ce sixième épisode, il raconte son expérience avec la Cour européenne des droits de l’homme à travers l’affaire Nivette c. France.
Il est interviewé par Me Tiffany Conein, Secrétaire général adjointe de PLDH.